Archéologie : Des trouvailles au bout des truelles

Les fouilles engagées il y a deux semaines par des étudiants à Mfomakap permettent de réévaluer cette discipline.

Armés de truelles et de pinceaux, pieds nus ou recouverts de chaussettes, ils scrutent le sol, espérant tomber sur des pièces archéologiques jamais trouvées dans la région et, pourquoi pas, dans le pays. L’apparition d’une forme ou d’une résistance dans le sol est, pour ces étudiants en archéologie, tous niveaux confondus de la section archéologie et gestion du patrimoine culturel de l’université de Yaoundé I, une source d’espoir et de fascination. Le fossile retrouvé est traité avec la plus grande attention. A certains moments d’ailleurs, on croit déceler de la tendresse dans les yeux des chercheurs lorsqu’ils déterrent avec soin un vestige. Cette trentaine de jeunes gens participent en effet au programme école qui vise, au-delà des cours théoriques reçus en classe, à les initier aux fouilles archéologiques.

Et sur ce plan, la semaine passée à Mfomakap (27 décembre 2009 au 1er janvier 2010), localité située à quelques kilomètres à l’entrée Nord de Yaoundé, sur l’axe Yaoundé Obala, n’a pas été vaine. Enthousiaste, Samson Mengolo, doctorant en archéologie et participant au programme se réjouit des trouvailles que ses camarades et lui ont faites. «Il s’agit des meules et des molettes, des tessons de poteries, des scories de fer et des restes de charbons de bois. Ce dernier élément est primordial car, grâce à lui, nous pourrons facilement opérer des datations radiocarbones» explique-t-il. Cette découverte, permettra de reconstituer le mode de vie des populations ayant vécu sur le site, plusieurs années avant celles qui y sont établies actuellement. Ce d’autant que, les premières datations radiocarbones effectuées au milieu des années 80 par Joseph Marie Essomba situent la première occupation au «5ème siècle avant Jésus Christ». Seulement, tempère Cyrille Tollo, un des encadreurs des étudiants et enseignant et archéologie à l’université de Yaoundé I, il ne faut pas courir. «Nous sommes encore au stade des fouilles. Lorsque nous rentrerons à l’université à Yaoundé, nous nettoierons les vestiges retrouvés, les décrirons et les analyserons ici au Cameroun et à l’étranger pour les datations et les analyses archéométriques. C’est à ce moment là que nous pourrons situer avec précision la période de ces trouvailles». 

Importance
Alors qu’il donne des explications, un jeune élève requiert son expertise : faut-il ou pas garder ce bout de pierre retrouvé dans l’un des carrés? Après avoir scruté le caillou, M. Tollo recommande au jeune homme de le conserver «ça peut bien être un élément de la période actuelle mais comme nous n’en sommes pas certain, il vaut mieux le garder et l’analyser en laboratoire». Le fait est que, sur un site comme celui de Mfomakap, il vaut mieux donner de l’importance au moindre détail, au plus petit indice comme le rappelle François Ngouoh. Avec son groupe installé un carré plus bas que le premier interrogé, il ne néglige aucun détail. C’est ce qui leur a permis de mettre la main sur une pièce de céramique qui peut être de la période néolithique, soit «3000 ans avant jésus Christ». Les plus heureux parmi les trente sont Protais Patrice Medjo et son groupe. Ils ont en effet retrouvé deux poteries presque entières! «Avec des pièces de ce gabarit, il est clair que nous pourrons vraiment déterminer le mode de vie des populations qui ont vécu sur ce site» clame-t-il.

Volonté
Face à l’enthousiasme de ces étudiants, Cyrille Tollo, l’un des coordonnateurs se désole du manque de structures de promotion du patrimoine culturel au Cameroun. «De ce fait, lorsque nous rentrons des fouilles, nous ne pouvons pas exposer nos trouvailles ou les mettre à la disposition du public. Nous sommes obligés de les parquer dans notre laboratoire à l’université. Le musée national n’est pas opérationnel et nous n’avons pas de collaboration régulière avec le ministère de la Culture pour voir comment promouvoir notre patrimoine. C’est sur des actions ponctuelles que nous nous retrouvons de temps en temps» argue-t-il. Seulement, ceci n’entrave pas la volonté des responsables de la section. 

«Il y a quelques années, nous n’avons pas de chantier-école, faute de budget. Mais depuis maintenant trois ans, les choses commencent à changer et les autorités universitaires ont compris qu’il était important, pour les étudiants, d’être initiés à la recherche fondamentale sur le terrain», confie M. Tollo. De fait, ce n’est pas la première expérience. On se souvient qu’il y a quelques mois, à Sa’a, la même équipe avait découvert des vestiges de fourneaux de production du fer uniques au Cameroun. Pour diversifier le champ de recherche, le programme de l’année prochaine prévoit une descente dans les grottes du Nord-Ouest qui, selon le Dr Elouga, chef de la section archéologie et gestion du patrimoine culturel de l’Université de Yaoundé I permettra d’enrichir nos connaissances sur le peuplement et les cultures préhistoriques de la région.

Dorine Ekwè

http://www.quotidienmutations.info/janvier/1262861161.php

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        Photo de famille avec le Doyen de la FALSH     -       Etudiants de la section AGP à Mfomakap